Préparation de la reprise des célébrations eucharistiques

Message de Mgr Jean-Luc Hudsyn du 25 mai 2020

Concernant la préparation pour la reprise des célébrations eucharistiques (le dimanche et en semaine)

Chers amis,

Nous ne savons pas vous dire à cette heure ce qu’il en sera exactement de la date autorisant la reprise des célébrations eucharistiques dominicales et de semaine. Les responsables des cultes ont demandé que ce soit le week-end de Pentecôte. Il faut pouvoir accepter que cela soit peut-être plus tard. Il n’empêche que nos protocoles et règles internes sont à l’étude. Il n’est pas exclu qu’un accord puisse être obtenu sans tarder. De toute façon, il faut tous nous préparer à cette reprise qui demandera une organisation minutieuse. Voici quelques premières consignes que je vous demande de lire et de mettre en œuvre.

Il ne s’agit pas encore des règles officielles qui vous parviendront, bien sûr, dès que l’accord et le feu vert seront obtenus. Mais les consignes générales qui suivent vont dans le sens de ce qui a été envisagé, y compris avec certains experts. Elles vous permettront de ne pas être pris au dépourvu si cet accord que nous attendons tous devait arriver un peu en dernière minute.

Consignes générales pour préparer la reprise des eucharisties dominicales et de semaine – la plupart seront aussi valables pour les funérailles et les mariages qu’on pourra refaire avec eucharistie dès cet accord donné pour la reprise des « célébrations publiques »

Préalables :

  1. La visée de toutes les décisions est la sécurité et la non-contamination par le virus de tous ceux qui se rendent à l’église et de tout faire pour qu’ils soient non contaminants pour ceux qu’ils rencontreront ensuite.
  2. Le responsable ou le coordinateur d’UP prévoit très rapidement une réunion des permanents nommés au sein des Unités pastorales (prêtres, diacres, AP, coordinateur) là où
    les UP sont en place ; là où il n’y a pas encore d’UP, chaque curé réunit l’équipe pastorale de sa ou de ses paroisses
    . Objectifs de cette réunion : examiner tout ce qui suit, discuter des applications concrètes des présentes consignes et prendre les décisions qui s’imposent. L’option prise par les évêques c’est que ce sont les équipes locales qui sont le mieux à même de prendre les bonnes décisions.
  3. Seront concertés et informés les membres des Conseils d’UP ainsi que les fabriques d’église. Les évêques ont tenu à préciser que les frais d’aménagement, entre autres au sujet de l’achat des produits nécessaires, relèvent de la responsabilité des fabriques.
  4. En cas de doute ou de difficulté d’interprétation, on passe d’abord par les doyens.
  5. On ne reprendra pas les messes dans les lieux où ces consignes ne peuvent pas être mises en
    œuvre.

Consignes générales :

  1. Peut-être s’avèrera-t-il nécessaire de procéder à un grand nettoyage de l’église.
  2. Prévoir rapidement la quantité nécessaire de gel hydroalcoolique : une désinfection des mains sera obligatoire à l’entrée pour chaque participant – ainsi que pour le célébrant ou toute personne apportant quelque chose à l’autel en cours d’eucharistie. Prévoir un ou plusieurs points où quelqu’un verse du gel sur les mains des entrants (et non pas déposer sur une table une bouteille à laquelle chacun se sert…)
  3. Aménager l’intérieur de l’église de telle sorte que les participants soient clairement à 1m50 de distance les uns des autres et dans tous les sens. Seuls les petits enfants vivant dans le même espace familial pourront être près de leurs parents (prévoir des chaises qu’on peut approcher uniquement dans ce cas, en veillant à ce que les autres participants restent à 1m50 de ce groupe). Voir comment faire si l’église dispose de bancs et non de chaises afin que les personnes ne passent pas l’une devant ou derrière l’autre pour rejoindre leur place.
  4. Il est prévu qu’on ne puisse accueillir qu’un maximum de 100 personnes par messe. Mais avec les distances imposées, toutes les églises ne pourront pas accueillir un tel nombre de participants. Il faudra voir, dans certaines paroisses, si des messes ne devront pas être réparties dans plusieurs lieux de culte ou s’il ne faudra pas multiplier les heures de messe (en prévoyant dans les deux cas une possibilité d’inscription). On voit de toute façon, que ce n’est pas encore le moment de faire de ces premières messes post-confinement des moment de grandes retrouvailles de toute la communauté !
  5. Mettre des repères de distance (1m50) dans l’allée centrale pour le moment de la communion.
  6. Retirer les livres, les livrets, les prospectus se trouvant actuellement dans l’église – on pourra tout au plus emporter un feuillet déjà disposé à la place de chacun et qui sera non réutilisable par d’autres aux messes suivantes.
  7. Vider les bénitiers.
  8. Les installations sanitaires ne pourront être utilisées que si quelqu’un est chargé d’en assurer la désinfection systématique après chaque usage.
  9. Examiner minutieusement où et comment les gens peuvent entrer dans l’église (l’accès comme la sortie ne se font que par une seule porte) ; comment ils peuvent se rendre à leur chaise sans ‘embouteillage’ ; comment se déroulera la circulation en vue de recevoir la communion (voir plus bas); comment organiser la sortie pour qu’on y garde les mesures de distanciement alors même que c’est un moment spontanément convivial.
    Penser à d’éventuels ‘panneaux de signalisation’, flèches, autocollants ; à la délimitation des
    allées… tout en prenant soin d’une certaine esthétique…
  10. Réfléchir à la gestion éventuelle d’une chorale (pas trop nombreuse) : les personnes qui chantent doivent respecter une distance plus importante qu’entre les participants (3 mètres entre eux minimum – certains disent : beaucoup plus encore) – idem pour la distance entre le chantre et les participants de la première rangée.
  11. Le lectionnaire et l’ambon (et le micro) ne peuvent être touchés. S’il y a plusieurs lecteurs, prévoir que chacun apporte à l’ambon le texte de la lecture qu’il doit faire.
  12. Désigner un responsable qui va gérer toutes les mesures et à chaque messe dominicale une équipe d’accueil repérable et vigilante.

Consignes pour la célébration elle-même

    1. La question du port du masque par les participants n’est pas encore définie mais sûrement souhaitable, voire sans doute obligatoire.
      Le prêtre qui préside ne doit pas le porter.
    2. On ne serre pas les mains, ni ne se donne les mains au Notre Père.
    3. Un même objet n’est touché que par une personne (calice, patène, burettes, lectionnaire,
      évangéliaire…).
    4. La collecte se fera en déposant son obole en fin de messe dans une boîte qui accueillera ces
      dons au fond de l’église (à mentionner donc en fin de messe).
    5. Pour la communion :

*le prêtre et les éventuels ministres de la communion se désinfecte les mains avant et après avoir donné la communion

*le prêtre qui préside est le seul à communier au calice

*le prêtre dira à tous, depuis l’autel et une seule fois : « Le Corps du Christ » et reste en silence lorsqu’il donne l’hostie consacrée – on réduit au minimum le nombre de ministres de la communion (ils ne disent pas non plus : « Le Corps du Christ »)

*on ne communie que dans la main et en évitant de toucher la main de ceux qui viennent communier

*on ne fait pas de bénédiction sur le front des enfants ou des catéchumènes qui se présenteront devant les prêtres et les diacres qui leur feront le geste de la bénédiction, à distance.

6. Le pasteur saluera bien sûr les participants en fin de messe, avec le sourire mais… à distance ! En évitant des apartés qui empêcheraient la fluidité de la sortie de tous. Il n’y aura donc pas – hélas !!! – de moment de convivialité organisé dans le fond de l’église… ni à l’extérieur.

Que ces célébrations eucharistiques puissent reprendre le plus rapidement possible, c’est bien
évidemment notre désir à tous. Quitte à devoir encore attendre… Tout comme une grande amoureuse
de l’eucharistie qui a connu cela elle aussi, en quarantaine dans l’infirmerie d’un carmel pour soigner
ses sœurs en période d’épidémie et ne pouvant recevoir la communion. Elle s’appelait… Sr Thérèse de
l’Enfant-Jésus. Ce qui lui a fait dire : « Sans doute c’est une grande grâce de recevoir les Sacrements,
mais quand le bon Dieu ne le permet pas, c’est bien quand même : tout est grâce ! » (CJ, 5.6.4)

Dans l’attente de l’Esprit-saint, avec vous tous : rien ne peut le confiner pour qui le désire.

Wavre, le 25 mai 2020
+ Jean-Luc Hudsyn

Homélie du pape François prononcée ce vendredi 27/03

Homélie du pape François prononcée ce vendredi soir

Face à la pandémie du coronavirus Covid-19, le pape François a donné une bénédiction Urbi et Orbi exceptionnelle ce vendredi 27 mars

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Evangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Evangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

Cherchons à comprendre.

En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : “Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité. À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères. « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ».

Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : “Convertissez-vous”, « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21).

Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands -mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais. Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés.

Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, “nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous” (cf. 1P 5, 7).

Pape François