4ème Dimanche de carême : commentaire de Père Jean

vitraail représentant la guérison de l'aveugle

Commentaire du père Jean sur l’évangile de ce dimanche:

Guérison de l’aveugle-né en ce quatrième dimanche du carême.

Pour rappel : dans l’année A, les lectures dominicales en ce temps de carême sont celles depuis de temps immémoriaux destinées aux catéchumènes qui dans la nuit pascale vont professer leur foi et sont ensuite baptisés. Celle d’aujourd’hui mettra l’accent sur la progression de la foi, et cela vaut aussi pour nous surtout dans ce temps de carême.

Dans l’aveugle-né allons-nous nous retrouver ? Serons-nous aussi en progression de notre foi ?

La foi chez saint Jean est toujours liée au regard, c’est entrer dans le regard que Dieu porte sur la relation avec nous. « Il vit et il crut » dira Jean de lui-même au matin de Pâques en entrant dans le tombeau ouvert.

Point de départ du récit : Jésus sort du Temple après une altercation avec les Juifs. Lui voit sur son passage un homme aveugle de naissance. L’initiative vient de Jésus, lui voit une humanité aveugle, privée de la beauté du regard de foi: l’aveugle n’a jamais vu la lumière, il est ainsi privé de découvrir le vrai sens de la vie. Remarque des apôtres qui raisonnent encore avec l’image de Dieu qui punit les pécheurs, soit l’aveugle, soit ses parents.

La réponse de Jésus : pourquoi est-il aveugle ? Pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Et d’emblée Jésus, lui la lumière du monde, se met au travail. Il crache à terre et avec sa salive – la salive est indispensable à la parole – il fait de la boue avec la terre et l’enduit sur les yeux morts de l’aveugle-né. Jésus lui dit : « va te laver à la piscine de Siloé (ce nom se traduit : envoyé). L’aveugle toujours sans regard y va et se lava ; quand il revint, il voyait !

Réaction des voisins et de ceux qui l’avaient vu mendier : «c’est bien lui » et d’autres « non, son  sosie » Mais l’homme guéri de sa cécité disait : « c’est bien moi »(littéralement : je suis ! qui est le nom de Dieu) : Toute son attention va à sa propre petite personne qui est en point de mire de ceux qui l’observent. Ceux-ci posent la question « Comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Lui répond : « L’homme qu’on appelle Jésus … et lui d’expliquer les choses telles qu’elles se sont passées. Remarquons la description de celui qui l’a guérir : un homme que l’on (de façon anonyme) appelle Jésus, ce qui veut pourtant dire : ‘Dieu sauve’.

Visiblement pour l’homme devenu voyant n’en est pas encore croyant en Jésus. D’ailleurs à la question : « Et lui où est-il ?» sa réponse est catégorique :« Je ne sais pas ».

L’entourage devant la perplexité décide de ‘consulter ceux qui savent’, les pharisiens. D’emblée il y a quelque chose de gênant : Jésus a œuvré un jour de sabbat, c’est interdit de par la Loi confiée par Dieu à Moïse, car Dieu s’est reposé le jour du sabbat. « Cet homme –là ne vient pas de Dieu ! ». D’aucuns ont une question : « Comment cet homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » On se tourne vers l’ancien aveugle : «Et toi , que dis-tu de lui ? » La réponse fuse cette fois de façon nette : « c’est un prophète ».

On fait alors appeler les parents de l’ancien aveugle en posant les questions que voici : « est-ce bien votre fils ? Né aveugle ? comment se fait-il qu’à présent il voit ?» Réponse des parents : « c’est notre fils, il et né aveugle, oui mais comment il voit, nous ne le savons pas. Cette dernière réponse est inspirée par la peur d’être éjectés de la synagogue.

Nouvelle entrevue des pharisiens avec l’aveugle né : de façon péremptoire ils affirment : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons que celui qui t’a guéri est un pécheur ! » L’homme de répondre : « Un pécheur ? Je n’en sais rien. Une chose que je sais, j’étais aveugle et à présent je vois ». Les autres de le questionner une nouvelle fois : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » « Comment, mais je vous l’ai déjà dit : serait ce que vous aussi vous vouliez devenir ses disciples ? » Horrifiés les pharisiens rétorquent : « toi tu es son disciple et nous sommes les disciples de Moïse. Nous savons que Dieu lui a parlé, mais celui-là nous ne savons pas d’où il est.

L’ancien aveugle visiblement animé par sa confiance grandissante en Jésus affirme : « Étonnant tout de même : vous ne savez pas d’où il est pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un a ouvert les yeux à un aveugle de naissance, s’il n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». Les pharisiens de conclure : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Excommunié de la communauté juive orthodoxe.

La conclusion de notre récit : Jésus qui n’avait pas paru durant toute cette interrogatoire, avait appris qu’il avait été jeté dehors. Jésus le retrouve et lui pose la question par excellence : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Fils de l’homme, une appellation déjà dans l’Ancien Testament désignant le messie : celui qui doit venir quand le temps sera accompli. Allusion dans le Nouveau Testament où c’est Jésus lui-même qui se désigne ainsi chaque fois qu’il parle de lui . L’ancien aveugle a encore une question, la question : « Et qui est-il, Seigneur pour que je en croie  lui ? La réponse de Jésus aux questions : « Tu le vois, et c’est lui qui te parles » Voir d’abord et ensuite écouter sa parole et la mettre en pratique Phrase finale est la profession de foi : « Je crois Seigneur » et il se prosterne devant lui. Une parole suivie d’un geste. C’est là la foi .

Père Jean