Homélie de Vénuste.

Proverbes 31, 10…31 : éloge de la femme de valeur parce qu’elle est l’âme du foyer, elle est active (elle enrichit son mari au lieu de lui coûter), elle a le souci du pauvre et surtout elle est fidèle (obéissante) à Dieu. Elle est la Sagesse divine (quel audace, pour cette époque, de présenter Dieu sous les traits d’une femme !).

1 Thessaloniciens 5, 1-6 : Paul ne répond pas à la question qui inquiète les chrétiens de Thessalonique « quand le Seigneur reviendra-t-il ? » ; il en indique la soudaineté (images du voleur et des douleurs de la femme enceinte). Il rappelle que les chrétiens n’ont pas à s’inquiéter comme les autres, puisqu’ils sont enfants de lumière, et donc toujours vigilants, jamais endormis. Veiller donc : ne pas se perdre en suppositions stériles de dates du retour du Christ.

Matthieu 25, 14-30 : le Christ va affronter la mort, quitter le monde visible et confier son Eglise à ses disciples. Comment se comporter durant cette « absence » ? Seule alternative : soit la confiance qui porte des fruits, soit la peur ou la méfiance qui paralysent. Le serviteur fidèle met à profit ce temps comme un bon placement : il fait valoir la Parole, les sacrements, les charismes et tous les dons reçus. Il sait que travailler pour Dieu et travailler pour soi-même, c’est la même chose. Avec Jésus, pas question d’enfouir l’Evangile, pas question d’avoir peur.

Après la parabole des dix vierges, voici la deuxième des trois paraboles « eschatologiques » (c.-à-d. qui parlent des « derniers temps ») de Matthieu sur la vigilance dont il faut faire preuve. La parabole des dix vierges parlait de l’Epoux qui tarde à venir, la parabole des talents parle du Maître qui revient « longtemps après ». Que faire, comment se tenir pendant cette « absence » qui paraît longue ? En fait il n’y a qu’une seule alternative : ou bien on fait confiance à Dieu et on parie sur sa fidélité, ou bien on se laisse guider (ou plutôt paralyser) par la peur d’un maître qu’on caricature en homme dur. Le départ du Christ en voyage c’est son Ascension, son retour « longtemps après », ce sera son retour en gloire (parousie). Entre les deux, c’est le temps de la croissance de l’Eglise. Les talents, c’est son bien à lui : être au service de la croissance du bien très précieux qu’est la construction du Royaume dans le temps.

Un homme part en voyage, il décide de confier ses biens à ses serviteurs. Ceux-ci n’ont aucune richesse, mais ils ont la confiance de leur maître qui va leur confier (le verbe confier est un des mots-clés de cette parabole) des richesses inouïes (un talent valait le salaire d’un ouvrier pendant 100 ans, 35 kilos d’or ou 60 kilos d’argent). Il ne leur donne pas la même somme, car il connaît les capacités de chacun. Il ne donne aucune consigne, par respect et confiance envers eux : à chacun de prendre des initiatives et de se montrer adulte responsable. L’homme s’en va pour revenir « longtemps après ».

Pendant cette longue absence, deux des serviteurs ont agi en « fidèles serviteurs ». Fidèles, dans le sens de quelqu’un à qui on fait confiance et qui montre qu’il a mérité cette confiance. Ils ont fait valoir, ils ont valorisé les talents reçus et ont fait un gain appréciable puisqu’ils présentent à leur « Seigneur » le double de l’argent reçu. Le troisième serviteur au contraire s’est cru piégé par son maître, il s’est cru malin en enfouissant l’argent reçu (en cas de perte d’un trésor confié, la loi rabbinique exemptait de toutes poursuites celui qui démontrait qu’il avait caché le trésor dans un lieu sûr). Le malheureux n’aimait pas son maître, croyait bien le connaître et voyait en lui une caricature : « Je savais que tu es un homme dur » ; la relation avec son maître était faussée à la base, ce n’est pas étonnant que cet homme reste faux dans ses attitudes, en croyant être irréprochable, être en règle, en croyant ne faire que ce qui est justice (« tu as ce qui t’appartient », je ne l’ai pas volé, tu peux me féliciter de te le rendre intact). Et c’est son idée de justice qui va le condamner (Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus disait que si on veut un Dieu de justice, on aura un Dieu de justice, mais que si on veut un Dieu d’amour on aura un Dieu d’amour ; et St Augustin aimait dire que celui qui s’éloigne de Dieu le voit juge, celui qui s’en approche le voit Père). Cet homme a déçu parce que, au départ, il n’est que méfiance, contrairement à son maître qui lui témoigne une entière confiance. On dirait qu’il a rencontré le serpent qui a tenté Eve en lui faisant croire que Dieu est jaloux de ses prérogatives et ne veut pas le bonheur de l’homme.

Et pourtant le maître est bon : la preuve c’est qu’il ne reprend pas ses talents (même pas celui du troisième), il les laisse à ses serviteurs fidèles qui ont compris que travailler pour Dieu, c’est soi-même qu’on enrichit, il les veut associés et partenaires, comme quand on fait entrer son propre enfant dans les affaires de famille. Le troisième l’a compris trop tard. Comme cet ouvrier qui construisait des villas avec son patron et qui va, à l’âge de la retraite, dire au patron qu’il est temps qu’il arrête le travail ; le patron le supplie de construire une dernière villa, il lui fournit tout le matériel mais cette fois-ci il le laisse l’arranger seul à sa façon ; l’ouvrier, comme le troisième serviteur de la parabole, se croit piégé et donc en droit de construire la villa n’importe comment ; quelle ne fut pas sa surprise quand il va dire au patron qu’il a fini la villa : le patron lui remit les clés en lui disant qu’il avait décidé de lui donner la villa en cadeau, en reconnaissance de leur longue collaboration ; et c’est trop tard que l’ouvrier eut le regret de n’avoir pas mis tout son cœur et tous ses talents (c’ est le cas de le dire) à la construction de « sa » villa.

Quand Jésus raconte la parabole des talents, il sait qu’il ne va pas rester longtemps avec ses disciples, qu’il va mourir, remonter près du Père et leur « confier » l’Eglise. Nous sommes donc dans ce temps de l’Eglise pour gérer cette « absence » du Christ avec l’Esprit Saint, avec les talents qu’il a jugé nécessaires et suffisants, « à chacun selon ses capacités ». Car nous ne sommes que gestionnaires des talents qu’il nous a laissés et que nous avons à faire fructifier. Ce qui compte pour Dieu ce n’est pas le rendement, le résultat, mais la générosité, l’amour avec lequel nous faisons le travail qu’il nous confie.

Que faut-il comprendre par « talents » ? Le langage courant pourrait nous faire croire que ce sont les dons naturels, les qualités que nous avons par la naissance ou par l’apprentissage (talent d’orateur, talent de bricoleur, dons intellectuels…). Nous sommes sur un plan spirituel : les talents, c’est ce qui fait grandir le Royaume, la petite graine de sénevé qui devient un grand arbre pour abriter toutes les nations. Les talents, c’est l’Evangile (cette bible qui prend la poussière sur notre étagère), les sacrements, les charismes de l’Esprit. Les talents, c’est l’amour reçu de Dieu pour le partager entre frères et sœurs. Bref, tous ces talents qui fructifient à mesure qu’on les donne, qu’on les partage. Ces talents que nous recevons de Dieu, qui construisent l’Eglise universelle, qui édifient la communauté locale.

A nous de prendre les initiatives (et même des risques, au contraire du troisième serviteur qui fait preuve d’une prudence maladive) pour porter du fruit : le Seigneur nous témoigne une immense confiance ; avec un immense respect, il s’est comme retiré (en bon pédagogue, en bon papa) pour nous laisser prendre nos responsabilités, en adultes responsables, mais il reviendra demander des comptes. Quand on a de l’estime pour quelqu’un, on lui demande des comptes dans ce sens qu’on lui donne l’occasion d’exposer avec fierté ce qu’il a réalisé (ce sont les fainéants et les malhonnêtes qui ont peur de rendre des comptes). Dans les entreprises, on fait un « bilan de compétences ». Jésus constatait que les fils de ce monde sont plus habiles que les fils de la lumière, plus proactifs.

A nous de faire le bilan de compétences chrétien. Quels sont les talents que je suis seul à pouvoir faire fructifier ? quel est mon rôle unique (dans le plan de Dieu, chacun est irremplaçable), quelle est la tâche qui est la mienne que je suis seul à accomplir avec les charismes reçus ? de quoi le Christ m’a rendu capable et responsable ? Comment est-ce que je le mets vraiment au service de toute la communauté chrétienne et de l’humanité ? Est-ce que je déploie pleinement toutes mes capacités ? Est-ce que je ne me comporte pas comme le troisième serviteur, comme ceux qui défigurent l’image du Père Amour, ou ceux qui pensent que Dieu ne viendra plus, qu’il est mort et inexistant, ceux qui vivent sans Dieu ? Est-ce que je cherche à entretenir ce que je suis et à le devenir encore plus, encore mieux ? Avons-nous peur et de quoi ? Parce qu’il y a des peurs qui bloquent et rendent méfiant, solitaire, replié sur soi, terré dans sa maison, (en ce siècle que quelqu’un a appelé le siècle des « préservatifs » car on se préserve de tout : de l’étranger, des médias, du politique…) : peur du présent, peur de l’avenir, peur pour ses biens (nous vivons des séismes bancaires), peur des maladies, peur de grossir, peur des autres, peur du partenaire (sida, infidélité), peur de s’engager dans la communauté… Qui enterre son talent, enterre sa joie.

Nous terminons une année liturgique. Comment rendre grâce à Dieu pour les biens dont il nous a comblés ? En méditant et en pratiquant sa Parole, en mettant nos « talents » à son service et au service de son Eglise… Avons-nous au moins conscience des dons reçus ? Hâtons-nous de faire le discernement dans l’Esprit Saint, hâtons-nous de les valoriser. Les dons de Dieu n’épanouissent et ne grandissent le bénéficiaire que quand lui-même en fait bénéficier la communauté dans le service. Si Dieu vient maintenant, quel bilan allons-nous lui présenter ? Que faisons-nous de ce temps d’ « absence » de Dieu ? Sommes-nous trop prudents, trop raisonnables, genre de ceux qui, par (fausse) humilité, invoquent le prétexte de ne pas se mettre en avant, ne pas en faire de trop… Nous comportons-nous en serviteurs fidèles, dignes d’entrer dans la joie du maître aujourd’hui déjà ? N’attendons pas son retour : chaque jour est important pour faire fructifier ce qu’il nous a confié. Ou plutôt son retour, c’est maintenant : quelle joie de lui montrer comment nous avons valorisé les talents reçus ! Ne soyez pas des esclaves religieux qui font le minimum, cachent leur talent au lieu de le valoriser au service de Dieu et du prochain. Ô chrétien, qu’as-tu fait de ta vie ? Qu’as-tu fait de ton baptême ? N’éteignez pas l’Esprit.

Quelle incroyable confiance nous fait le Seigneur avec les charismes qu’il nous a donnés afin de collaborer avec lui, dans une fidélité active, à étendre le Royaume. Une année, des briques ont été mises dans le fond de l’église et chaque paroissien était invité à marquer son nom sur la brique correspondante à son charisme et au service qu’il peut rendre à la paroisse… très peu se sont manifestés, hélas !

Commentaire de Père Jean.

En ce temps-là Jésus disait à ses disciples cette parabole : « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.

Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : « Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres. » Son maître lui déclara : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur ». Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : «Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres ». Son maître lui déclara : « Très bien , bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup : entre dans la joie de ton seigneur ».

Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha lui aussi et dit : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient ». Son maître lui répliqua : « Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors il fallait placer mon argent à la banque : et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents ! » 

Voilà une nouvelle parabole d’un maître qui part, loin à l’étranger ayant confié ses biens aux serviteurs qui resteront seuls un long temps, le temps de l’Eglise, où il sera question d’investir ce que l’on a reçu du maître. Enfin le maître revient pour voir ce que les serviteurs ont réalisé entre temps, éloge pour les uns,  malédiction pour l’autre. Une nouvelle fois notre histoire avec le passé de la venue du Christ que nous relatent les évangiles, avec le présent qui est à la fois absent et présent-cadeau car il est vivant, ressuscité, avec l’espérance pour nous du retour du Christ .

Entrons dans cette histoire. Nous avons confiance que le Christ, lui le maître, est venu, à nous aussi  par la Bonne Nouvelle qui nous a été annoncée si bien que nous croyons savoir qu’il est venu sauver le genre humain par ses faits et gestes, sa mort et sa résurrection : le salut acquis  est le don qu’il nous confie. Cela est signifié par les talents, qui représentent chacun environ 30 kg de lingot d’argent. Les talents, initialement une somme considérable en argent, ont à partir de cette parabole reçu un sens dérivé, qui n’est pas celui de la parabole :  ‘nos aptitudes, notre capacité, notre don, tout cela au sens naturel des choses : tels le talent musical, le talent d’écoute, le talent de leadership. Mais dans la parabole ce sont les biens du Christ qu’il nous partage: sa Parole, sa foi confiance en son Père, son espérance de réussir sa vie conformément à la volonté du Père et son  amour sans failles tant à l’égard de son Père qu’à notre égard. Cela  prend corps dans les sacrements qu’il nous a donnés et la communauté en laquelle nous sommes insérés pour former ensembe le Corps du Christ.

 Le Christ nous les donne, les abandonne et les ‘talents’ deviennent bien nos talents. Quelle est  grande  la confiance de Jésus en chacun des hommes pour partager ainsi ‘ses’ talents. Mais bien sûr ces lingots d’argent doivent être investis pour que ces dons profitent à tous ceux que nous rencontrerons. C’est là le temps de l’Eglise,  communauté et aussi chacun de nous ses membres. Chacun reçoit selon ses capacités : tous n’ont pas la même capacité d’assumer personnellement ‘mêmement’ la mission de faire fructifier. Aussi le Christ en confie 5 à l’un (150 kg de lingots d’argent !( il faut déjà une force extraordinaire pour porter le magot),  à d’autres 2, à un troisième 1. Le maître parti en voyage pour un long temps d’absence apparente de Jésus, les deux premiers se mettent au travail, investissent ce qu’ils ont reçu de qui est devenu leur, chacun selon sa capacité, tous deux ont doublé la mise. Une question pour chacun de nous et pour la communauté à laquelle nous appartenons : en quoi apportons-nous au monde les dons de Jésus, qui a voulu, en nous les remettant,  que nous contribuions à doubler ces mêmes dons. Merci pour la confiance qu’il nous fait ainsi. Oui, comment traduire en nos vies les faits et gestes, l’esprit et l’amour dont Jésus a témoigné, d’autant plus que lors de chaque célébration le récit de l’évangile qui nous est proposé, nous invite à poser cette question ?

Il y a le troisième serviteur qui n’a reçu qu’un talent, le Seigneur le  lui a donné selon sa capacité de porter « 30 kg de lingots ». Le Seigneur espérait qu’il puisse aussi investir le don devenu sien et doubler la mise. Mais lui, le troisième serviteur, a un manque de confiance fondamentale. Il ne croit pas au don, ‘ce talent n’est pas  le sien’. Mais il n’a pas confiance en son maître qui se dépouillerait de ses biens ! Il a peur et va cacher le lingot dans la terre, c’est-à-dire qu’il cache l’image d’un Dieu qui se confie aux hommes. Or il l’a reçu pour qu’il révèle qui est Dieu !

Le retour du maître après une longue absence représente  le temps où Jésus apparaîtra dans la gloire lorsque le temps dévoilera sa finalité (le but du temps). Le maître ‘demande des comptes’ : comme un boutiquier ? Non, littéralement dans le texte de Matthieu :’ il veut échanger une parole avec eux’, un peu à l’image d’un père de famille qui s’intéresse aux résultats scolaires de son enfant pout le féliciter. C’est cette scène que Jésus esquisse alors que tous trois s’approchent de lui. Pour les deux premiers la scène est identique, tous deux peuvent faire voir que le don reçu produit ce que le maître en attendait, la mise doublée. De simples paroles de reconnaissance : « Seigneur, tu m’as confié cinq (deux) talents. Voilà, j’en ai gagné 5 (2) autres. »  Réponse du maître : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton maître ». 5 ou 2, le même éloge pour le résultat  et la même invitation à entrer dans la joie du Seigneur. La finalité du temps : le partage de la joie du maître qui voit que le don accordé aux deux a été bien investi pour  un rapport de 100 %.

Reste le troisième avec son talent unique. Lui aussi s’approche pour dire ce qu’il a fait et en quel esprit il l’a fait. Il commence par dire « savoir »  quel maître il a : un homme dur, ‘en grec sclérosé’. Cette sclérose se manifeste dans son agir du maître : « il moissonne là où il n’a pas semé, il ramasse là où il n’a pas répandu le grain ». Son regard sur le maître lui  a fait peur. Peur parce qu’il a cru que le talent reçu n’était pas un don fait une fois pour toutes mais qu’il aurait  à le restituer. Peur en Dieu qu’il croit être fait à son image, pour ne plus le voir il l’a caché en terre. Il lui lance : « Le voici. Tu as ce qui t’appartient ! » L’affaire semble close, les comptes sont réglés, croit-il. Mais la réplique du maître sera ferme, il rejoint le point de départ, semblant tenir compte de ce que le serviteur paresseux a mis en avance pour justifier  sa façon de faire. « Tu savais que je moissonne là….que je ramasse le grain là…. Si cela traduit bien la méfiance que tu as contre ton Dieu, tu aurais tout de même au  minimum pu remettre le talent à la banque là où des professionnels savent comment investir pour que cela rapporte des intérêts. » Le grand reproche que le maître fait est de se faire une idée sur qui est Dieu, un Dieu dur qui loin de donner vient reprendre le fruit du travail des hommes.

La fin est le jugement : pour les serviteurs fidèles (fidèles dans le sens croyant en la bonté du maître qui partage tous ses biens), c’est l’entrée dans la joie du Seigneur, entrée acquise dès que les serviteurs ont œuvré comme ils l’ont fait durant l’absence du maître. Pour le serviteur mauvais et paresseux qui avait cru que le talent appartenait toujours au maître, oui, que ce talent lui soit retiré en raison de son manque de foi, de confiance .Le serviteur bon à rien sera jeté dans les ténèbres  extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincement de dents.

Questions à se poser.

Comment est-ce que je me situe dans le temps ? Est-ce que je crois que la venue de Jésus, Fils de Dieu devenu homme n’appartient pas à un passé, c’est aujourd’hui qu’il me parle, qu’il m’interpelle et me demande ce que j’ai fait du don ? L’incidence dans ma vie aujourd’hui : comment est-ce que je m’investis dans’ la mise à jour’ de cette bonne nouvelle ? Est-ce que je me réfère à l’aide de l’Esprit pour m’inspirer à traduire en ma vie ce que Jésus a vécu Entre dans la joie du Maître : une parole adressée à chacun, source de joie et d’espérance ?  même si l’après-la- mort reste mystérieux ? Objet de mon espérance ? Le troisième serviteur a une vision sclérosée de qui est Dieu : Dieu qui vient nous redemander des comptes de la gestion. Est-ce que j’ai une totale confiance en Dieu source de toute bonté, ou suis-je parfois encore enclin à avoir peur d’un Dieu sclérosé ? ’

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