Is 45,1… 6 : un roi païen, Cyrus, eut un rôle providentiel. Israël lui doit le retour d’exil et la reconstruction du temple. Isaïe n’hésite pas à lui donner un des titres réservés au messie : oint du Seigneur (consacré). Messianisme de nos rois et présidents qui se croient investis de pouvoir divin ? Laïcité positive ? Toute personne devrait être au service des projets de Dieu, surtout les responsables du peuple, les lieu-tenants de Dieu.

1 Thess 1, 1-5 : quand l’apôtre Paul écrivait aux communautés, il commençait par les saluer en admirant l’œuvre que Dieu avait déjà réalisée en elles. Il est à remarquer la place des trois Personnes divines dans ce court extrait.

Mt 22, 15-21 : d’habitude, Hérodiens et pharisiens ne s’entendaient pas, mais ensemble, ils cherchent à coincer Jésus par une question piège à propos de l’impôt. Jésus montre à la fois l’autonomie de la politique par rapport à la religion et inversement, ainsi que l’inviolabilité de la conscience de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu : César n’est qu’un lieu-tenant de Dieu, Dieu seul a pouvoir sur les consciences ; l’effigie de César est imprimée sur la monnaie pour le seul usage commercial, l’image de Dieu est quant à elle imprimée dans le cœur de toute personne humaine. Jésus refuse la logique de ses adversaires pour qui royaume de Dieu et empire romain sont sur le même plan. Il n’est ni révolutionnaire ni collabo ! Mais il est solidaire des hommes et il leur apporte la vraie libération.

Homélie de Venuste

La polémique s’enfle entre Jésus et ses adversaires : ils ont décidé sa mort, ils cherchent à le coincer. Les pharisiens et les Hérodiens, qui d’ordinaire ne s’entendent pas, vont, à cette fin, faire une coalition contre nature. Ensemble ils lui posent une question-piège, après l’avoir encensé avec des formules obséquieuses (quoique vraies) : « Est-il permis oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »

Il est nécessaire d’expliquer le piège. Nous sommes en Terre Sainte à l’époque de l’occupation romaine, avec tout ce que comporte l’occupation d’un pays par une puissance étrangère, notamment l’obligation de payer l’impôt, avec le cortège de collabos d’un côté et de résistants de l’autre. Il y avait Hérode et ses partisans, hommes de paille des Romains, qui exerçaient une portion de l’imperium romain et souhaitaient donc que les Romains restent sur place pour protéger leur autorité contestée dans le peuple. Il y avait au contraire les nationalistes qui faisaient le vœu de voir les Romains boutés hors des frontières d’Israël ; parmi eux, les pharisiens qui évitaient toute compromission avec les autorités romaines ; il y avait aussi tous ceux qui attendaient un messie à la taille de David, un guerrier qui allait jeter les Romains à la mer ; et il y avait les Zélotes qui n’hésitaient pas à faire des actes de sabotage et qui étaient considérés par Rome comme les terroristes d’aujourd’hui. Les opinions des Hérodiens et des pharisiens à propos de Rome étaient donc aux antipodes. Ainsi sur la question de l’impôt : les pharisiens y voyaient le moyen de sujétion, une façon de renoncer à leur propre souveraineté pour reconnaître la domination de Rome dans tous les domaines y compris le domaine religieux ; tandis que pour les Hérodiens c’était le moyen d’acheter les faveurs des Romains. Les adversaires de toujours se liguent cependant un moment pour comploter contre Jésus afin de le coincer sur la question brûlante de l’impôt. Jésus se trouve vraiment entre l’enclume et le marteau. On croyait que la question ne pouvait avoir d’échappatoire, c’était oui ou c’était non, d’où le piège. Si Jésus répond qu’il faut payer l’impôt, on va dire qu’il est collabo, qu’il n’est en rien le messie libérateur tant attendu. Au contraire, s’il dit « non, pas question de payer l’impôt », il sera dénoncé aux autorités romaines comme agitateur et trublion (pendant son procès on ne va pas se gêner pour l’accuser d’avoir prêché la sédition).

Jésus connaît la perversité de ses adversaires. S’ils ont préparé leur question-piège en l’encensant par des propos obséquieux, il sait que ce sont des hypocrites : lui qui n’a pas froid aux yeux, il le leur dit sans mettre de gants. Et c’est lui qui va les coincer. Il échappe à ce dilemme qui nous enferme souvent dans le permis et le défendu, il demande tout simplement de lui montrer la monnaie de l’impôt. C’est dire que lui-même n’en avait pas sur lui, alors que, eux, en avaient plein les poches ! La réponse est dans leur porte-monnaie ! Hypocrites qu’ils étaient, ils dénonçaient un moyen économique dont ils usaient et abusaient. Ils lui présentèrent donc une pièce d’argent (ce qui montre qu’ils introduisaient cette monnaie dans le temple, alors que c’était défendu). Il leur demande : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? » Nous sommes à l’époque de Tibère, l’effigie était donc la tête de Tibère et l’inscription disait « Tibère César, fils du divin Auguste, Empereur ». Divin Auguste : toutes les autorités ont tendance à croire qu’elles sont nées de la cuisse de Jupiter, les empereurs romains se prenaient pour des divinités et avaient imposé un culte où on sacrifiait devant leur statue (les martyrs chrétiens étaient mis à mort entre autres parce qu’ils refusaient ce culte en disant qu’ils respectent l’empereur, qu’ils prient pour lui mais qu’ils ne le prient pas, parce que l’adoration n’est réservée qu’au Dieu unique et véritable). Cette inscription explique d’ailleurs pourquoi cette monnaie romaine avait cours partout sauf au temple de Jérusalem qui avait sa propre monnaie pour l’usage exclusif du culte : Yahvé avait interdit de se faire des images ; or non seulement la monnaie romaine portait une effigie, mais encore l’image de quelqu’un qui se prenait pour un dieu ; c’était donc une abomination de l’introduire au temple. Les adversaires de Jésus sont pris la main dans le sac ! Un sacrilège !

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Expression qui est devenue un proverbe, mais qui est souvent manipulée de façon détournée pour justifier même l’injustifiable. Il y en a qui croient que Jésus voulait dire qu’il faut une nette démarcation entre la religion et la politique pour que l’Eglise et les curés restent à la sacristie ou que les cathos se désintéressent complètement de la politique ; il y en a qui y trouvent un argument pour l’Etat laïc … Qu’est-ce que le Christ a voulu dire ? Ni l’Eglise contre l’Etat ni inversement, mais à chacun sa sphère spécifique, alors que Dieu est le seul maître souverain des deux. La réponse de Jésus est une pirouette géniale : de l’objet du litige, il fait une pièce à conviction. Il parle des droits de Dieu alors qu’on ne lui demandait pas ce qu’il faut donner à Dieu, ni de parler de Dieu. On lui parle de politique, et il introduit dans le débat une autre dimension, religieuse celle-là ! On parle de l’empereur, et le voici qui nous parle de Dieu !

Il y a une histoire d’effigie : c’est certainement la clé d’interprétation. César frappe la monnaie à son effigie, César met son cachet sur ses décrets et son tampon sur ses ordonnances. C’est là son domaine auquel il doit se limiter. Il y a donc un domaine qui lui échappe et auquel lui-même est soumis et où il y a l’effigie de Dieu. Qu’est-ce qui est à l’effigie de Dieu ? L’homme qui a été créé à l’image et à la ressemblance divines. C’est très clair que César, tout César qu’il est, n’a aucun pouvoir sur la dimension divine dans l’homme, dans tout homme. Voilà affirmée l’inviolabilité de la personne humaine, l’inviolabilité de la conscience de l’homme, la liberté religieuse. Voilà affirmée l’absolue souveraineté de Dieu. Car à Dieu seul tout l’univers, même le cœur de l’homme. Jésus reconnaît l’autorité et la valeur de la politique. Il affirme le bien-fondé du pouvoir civil (sans totalitarisme) et la nécessité de se soumettre à ses lois légitimes. Mais il le dédivinise, il le désacralise pour rendre la liberté à la personne humaine (« vous n’avez qu’un seul maître ») : le pouvoir a toujours tendance à devenir absolu, tout comme il veut détrôner Dieu pour se mettre à sa place. Jésus n’est pas un messie politique pour renverser le pouvoir romain. Pas de soumission systématique non plus aux divers régimes politiques. Jésus reconnaît l’autonomie de l’Etat en même temps que la responsabilité de l’homme dans la gestion du monde, mais il affirme l’absolue souveraineté de Dieu. Autonomie, sans confusion ni antagonisme, sans concurrence ni collusion. Il ne faut donc pas chercher à ce que la religion cautionne les choix politiques (ou économiques) comme quand on veut se couvrir derrière une autorité religieuse : pas de prises de positions politiques qui soient sacralisées (pas de théocratie). D’un autre côté, il ne faut pas prendre la politique pour un mal (nécessaire), que les chrétiens doivent s’en éloigner ; ils doivent plutôt s’y engager : les convictions religieuses doivent influer sur la rue, sur la cité, sur les affaires, sur la famille, sur la loi… pour que notre monde devienne le Royaume de Dieu.

Sachons rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. D’une part, est-ce que nous accomplissons notre devoir citoyen ? Pas seulement en payant l’impôt (payer l’impôt est un devoir selon Rom 13, 1ss ; la fuite des capitaux est un vol à la communauté tant que l’Etat est juste dans la répartition des impôts), mais en prenant toute initiative pour promouvoir le bien commun surtout en faveur des plus vulnérables, pour promouvoir la justice et la paix sociales. D’autre part, est-ce que nous rendons à Dieu le culte et l’adoration qui lui reviennent, sans le mettre en concurrence avec l’homme ou la cité ? Est-ce que nous lui consacrons notre vie pour qu’il règne sur notre cœur et notre conscience (et lui seul) ? Ce culte, est-ce quelques dévotions ou de (coûteux) sacrifices pour nous tranquilliser la conscience ou est-ce le vrai culte en esprit et en vérité, « une foi active, une charité qui se donne de la peine, une espérance qui tient bon », selon St Paul dans la deuxième lecture ? Il ne s’agit donc pas seulement d’un culte privé, ni uniquement d’ailleurs d’un culte liturgique. C’est tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons, tout ce que nous pensons, tout ce que nous sommes … c’est tout cela qui doit être culte en esprit et en vérité. Jésus dit à ses disciples que, voyant leurs bonnes oeuvres, le monde rendra gloire à Dieu : est-ce que notre comportement amène les autres à rendre à Dieu ce qui est à lui (la gloire) ? Est-ce que notre vie fait honneur à notre Père, à notre famille l’Eglise ? A lui seul honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen !

Commentaire de Père Jean.

En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leur disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence  que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis : est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils lui répondirent : « De César. » Alors il leur dit :  « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

En ce temps-là : rappelons que Jésus, après avoir été ovationné avec des rameaux lors de sa première apparition à Jérusalem, a déjà été confronté à l’incompréhension des grands prêtres et anciens : Jésus leur a adressé trois paraboles dont ils n’ont par perçu le sens alors que Jésus voulait leur faire comprendre ce qu’ils étaient au regard de Dieu. C’est à présent le tour des pharisiens, qui tiennent conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler (bien sûr pour le prendre en défaut) Ils se font accompagner par les hérodiens . Les pharisiens s’estiment les ‘purs’ de la religion juive, ils s’opposent à l’occupation romaine, mais pas les armes à la main comme les zélotes. Les hérodiens partisans de Hérode roi fantoche désigné par le pouvoir romain, collaborent aisément avec  l’occupation romaine. Un peu l’eau et le feu s’allient contre Jésus pour le prendre au piège en le faisant parler.

La question-piège adressée à Jésus, commence par un éloge combien fallacieux de la sagesse de Jésus : ‘eux savent qu’il est toujours vrai de la vérité en Dieu, nullement influençable , ne se fiant pas à l’apparence de ses interlocuteurs’ ! C’est ainsi qu’ils demandent un avis péremptoire à Jésus : « Donne-nous ton avis : est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Oui ou non : si jésus dit oui, les hérodiens exulteront, les pharisiens seront dépités. Si il dit non, ces mêmes hérodiens auront de quoi accuser Jésus auprès du pouvoir romain (raison pourquoi les pharisiens ont demandé aux hérodiens de les accompagner), alors que pour les pharisiens le non correspondrait davantage à leurs vues. Donc de toute façon en forçant Jésus à parler oui ou non, ils sont gagnants  Que Jésus va-t-il répondre ? Jésus dira ni oui ni non : il posera un geste qui lui permettra de modifier leur regard à la fois  sur César et sur Dieu, distinguant le pouvoir religieux du pouvoir politique .

Toutefois, d’abord il ose dire un avis clair sur eux-mêmes : Jésus reconnaît leur perversité et les traite d’hypocrites. Pourquoi le mettre à l’épreuve, celle de répondre par oui ou non ? La scène se passe dans le Temple.  Jésus dit : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Pour tout juif le Temple n’est pas le lieu d’exhiber la monnaie romaine de l’impôt à payer en devise romaine, celle avec l’effigie de l’empereur (lui qui s’est autoproclamé dieu) et la légende (du latin ‘celle qu’il faut lire’ et en français ‘inscription’) : en latin ’pontifex maximus’, souverain pontife !  Pour les romains un titre qui convient à César. Pontifex celui qui construit des ponts. Or César a bâti beaucoup de ponts entre les peuples intégrés dans son empire. Les romains occupant toutes les nations autour de la Méditerranée qu’ils appellent mare nostrum  , notre mer, croyaient avoir apporté la pax romana : la paix romaine revenait à sévir lourdement là où il y avait un mouvement de révolte envoyant les légions, tout en développant la culture romaine partout même dans les coins les plus reculés de l’empire. Pour pouvoir rapidement intervenir en cas d’émeutes le réseau routier avait été créé en quelques années, routes qui aussi assurait l’échange commercial et culturel. Cela en plein Temple alors que pour les juifs c’est  Yahve, le pontifex maximus !  

C’est dans ce contexte que Jésus dit : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Jésus par cette réponse astucieuse met en exergue les deux lieux de pouvoir, celui de la politique et celui de la religion au vrai sens du terme, celle donnant la vie, la foi.

César s’est autodivinisé, il a sa statue dans des temples païens et son effigie avec la légende sur la monnaie dans les bourses de toute la population  Remarquons que Jésus ayant demandé qu’on lui montre un denier, aussitôt quelqu’un lui tend la pièce en la sortant de sa poche, preuve qu’ils reconnaissent le pouvoir de César ! Peut-on y voir une  reconnaissance pour tout ce que César apporte par sa politique : la ‘pax romana’ qui assure la paix par le maintien de légions toujours prêtes à s’opposer militairement à toute tentative de saper la paix ; on peut penser à ce réseau routier reliant toutes les villes de la Méditerranée permettant aussi aux juifs d’établir partout des lieux de commerce dont ils sont des gérants de qualité exceptionnelle et des synagogues. Plus tard l’Eglise en profitera pour atteindre aisément toutes les communautés juives de la diaspora et chrétiennes

Jésus a ajouté adroitement: « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu » . Jésus refuse de revendiquer un pouvoir politique pour Dieu : Dieu n’est pas un César. A Dieu appartient tout le pouvoir religieux: un pouvoir au service des hommes pour qu’ils grandissent dans la foi en ce Dieu-là. Dans le Temple Jésus refuse de donner un culte à César, tout comme il ne veut pas intervenir dans le politique dont le pouvoir appartient à César. Plus tard Paul rappellera cette vue sur la distinction des pouvoirs.La réalité historique le montrera : plus tard l’Eglise sera dotée d’un pouvoir politique par Constantin : c’est là l’origine des Etats Pontificaux qui menèrent les chefs de l’Eglise à vouloir et pouvoir intervenir aussi comme pouvoir politique dans toute l’Europe. Pour son malheur !

Exemple d’aujourd’hui : avec la pandémie l’Eglise n’est pas intervenue pour dire ce que le pouvoir doit faire (même la fermeture des églises !) mais elle rappelle le bien commun à sauvegarder. D’ailleurs aujourd’hui des chrétiens reprochent aux évêques leur attitude. 

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