Apocalypse 7, 2… 14 : en un langage codé, l’auteur veut apporter un message d’espérance aux premières communautés chrétiennes qui subissaient d’atroces persécutions. La révélation proclamée (le mot apocalypse signifie révélation, le fait d’enlever le voile qui cachait), c’est que l’Agneau immolé a remporté la victoire définitive sur la mort, et que, par conséquent, tous ceux qui le suivent et spécialement les martyrs, participeront à la même victoire à travers l’épreuve. Le Christ a vaincu la mort et ceux qui lui sont fidèles, sans faiblir dans l’adversité, participent déjà à son triomphe. Ils sont une foule immense.

1 Jean 3, 1-3 : que sont devenus nos défunts ? que deviendrons-nous nous-mêmes à la mort ? Une déduction permet de répondre : si Dieu, dans son immense amour, fait de nous ses enfants, il ne peut nous abandonner à la mort ; or, en Jésus, nous voyons déjà (mais pas encore en plénitude) à quel avenir conduit l’appartenance à la famille divine : nous lui serons semblables. Nous communierons à la même vie, à la même béatitude éternelle. L’espérance chrétienne est fondée sur l’amour de Dieu qui a fait de nous ses enfants. Loin d’être une attitude passive, elle est action transformatrice : elle rend pur, permet de devenir comme le Christ, maintenant déjà.

Matthieu 5, 1-12 : les béatitudes reflètent l’icône de Jésus, lui-même pauvre, assoiffé de justice, miséricordieux, pur, doux, artisan de paix, persécuté. Elles sont par conséquent l’icône du vrai disciple. Les amis de Jésus vivent l’épreuve eux aussi, mais ont la promesse de la résurrection. Ils sont heureux, déjà maintenant… « à cause de moi », dit Jésus. L’homme veut être heureux car Dieu l’a créé pour être heureux, il l’appelle au bonheur. Les béatitudes sont la charte du bonheur, la seule voie vers le bonheur véritable, plénier et éternel. Chouraqui traduit « heureux » par « en marche ».

Homélie de Vénuste.

Le 1er novembre, l’Eglise nous invite à célébrer tous les saints, c-à-d tous ceux qui sont au ciel, dans la joie de Dieu, de façon certaine, même si ces saints ne sont pas au calendrier liturgique, ne sont pas canonisés et n’ont pas « les honneurs de l’autel ». Le 2 novembre par contre, nous évoquons ceux qui ne sont pas encore à la droite de Dieu et ont par conséquent grand besoin de nos prières.  Si donc à la Toussaint nous honorons ceux qui sont parvenus à la gloire des élus, à la « commémoration de tous les fidèles défunts » nous supplions le Seigneur d’abréger les délais pour ceux qui n’y sont pas encore parvenus. Deux choses sont donc affirmées : nous ne sommes pas sûrs que tous les défunts, tous ceux qui nous ont précédés, sont tous au ciel ; par contre nous sommes sûrs de la solidarité efficace par la prière. C’est le moment de penser à la communion des saints, cette grande famille de Dieu dans laquelle nous entrons par le baptême : solidarité dans la prière qui fait que, à tout moment, sur terre et dans le ciel, des milliards de gens invoquent cette solidarité pour « repêcher » celui qui en a besoin. Grand réseau de relations les uns avec les autres au-delà de la mort. Quelqu’un a trouvé l’image de la « cordée » : les saints sont ceux et celles qui nous tirent vers le haut, parce que déjà arrivés au sommet.

Fête de la Toussaint et jour de prière pour les défunts : faut-il une nette séparation entre les deux célébrations ? Liturgiquement oui. Elles sont cependant unies toutes deux dans une même célébration de la victoire du Corps du Christ, pour nous réjouir du fait que Dieu veut la vie pour tous ses enfants ! C’est la foi pascale que nous professons en ces deux célébrations : l’œuvre de salut réalisée dans la Pâque du Christ continue à porter du fruit en faisant participer les humains au triomphe du Christ sur la mort. La sainteté, c’est moins l’œuvre et le mérite de l’homme qui devient saint, que l’œuvre de la grâce de Dieu qui se fait efficace dans la personne humaine. Cette grâce efficace a été donnée au baptême : pour St Paul, tout baptisé est saint. Dieu nous assure le point de départ. Ceux qui nous ont précédés au-delà du passage de la mort le sont en plénitude, par la volonté et la grâce de notre Dieu qui tient à ce que personne ne soit perdu, exclu. Ils se réjouissent et jouissent du bonheur et de la paix de Dieu. Ils sont bienheureux.

Nous sommes tous appelés à la sainteté. La sainteté n’est pas réservée à une élite, à des êtres extraordinaires. Elle est à la portée de tout le monde, sans le privilège de naissance, ni de hautes études, surtout pas de moyens financiers. Toutes les catégories de personnes et toutes les professions sont représentées dans « la communion des saints ». Il y a des couples (comme les parents de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus que le Pape François a canonisé le dimanche 25 octobre 2015 à la clôture du synode sur la famille), il y a des rois, il y a des mères de familles, des fonctionnaires, des SDF, des artisans, des artistes, des jeunes, des vieux, des éducateurs… il y a des non catholiques. Certains, nous les avons bien connus sans nous douter qu’ils iraient droit au ciel à leur mort. Dans cette cohorte de saints, il y a des grands parents et des parents, des membres de famille, des collègues de travail, des amis d’enfance, des voisins de quartier. Pas tous malheureusement et c’est pour cela que nous évoquons nos défunts en les recommandant aux saints qui sont déjà près de Dieu et qui intercèdent – avec le Christ – pour eux et pour nous. Ce sont ces saints que nous célébrons à la Toussaint. Leur sainteté est à la portée de tous, elle ne nous écrase pas par leur stature, elle n’est pas inaccessible. Ce n’est pas la déprécier que de parler ainsi. C’est la sainteté de Dieu lui-même que rayonne cette nuée de témoins qui ont été touchés par le même amour divin, la même grâce divine. Ils seraient quelques rares êtres exceptionnels, que cela me désespérerait. Mais du fait qu’ils sont une multitude impossible à dénombrer, du fait qu’ils ont vécu une sainteté commune et quotidienne, me voilà stimulé à y croire et à cheminer comme eux, à la suite du Christ, poussé et porté par la force de l’Esprit « Saint ».

Ce qui me rassure encore, c’est qu’avec ces saints qu’il serait faux d’appeler « anonymes », on ne parle pas d’exploits qu’ils auraient faits, de gros efforts qu’ils auraient déployés, d’extases, de pénitences et de privations surhumaines dont ils se seraient révélés des champions. Je suis plein d’admiration pour ceux qui ont brillé par de tels succès, mais je me sens plus proche de ceux-là qui ont vécu « simplement » les béatitudes. C’est ce texte qui nous est lu à la fête de la Toussaint. Selon l’évangile de Matthieu, Jésus commence sa prédication par ses paroles qu’il n’adresse pas aux athlètes de la foi, seuls présents sur le podium de la sainteté. C’est à toute la foule de l’humanité de tous les temps et de tous les lieux, de toutes les cultures et de toutes les religions. Heureux, bienheureux, vous qui êtes tout simplement humains, parce que pauvres de folies de grandeur, parce que doux dans ce monde de violents, parce que vous cherchez la justice dans cette jungle qu’est notre société, parce que miséricordieux (et non rancuniers ni justiciers), parce que purs et droits, transparents, parce qu’artisans de paix… Vous ressemblez à Jésus, vous êtes son icône, votre place ne peut qu’être à ses côtés, dans sa paix et dans sa joie.

En célébrant la Toussaint, nous affirmons que la sainteté est possible pour tout un chacun, pour nous-mêmes également. Dans le baptême, Dieu nous a tous sanctifiés ; mais depuis lors chacun est responsable de sa sainteté (initiale), libre de la développer, de la préserver de toute souillure, d’en vivre et d’en témoigner. Arrêtons donc de toujours invoquer l’excuse à nos égarements ou à nos lenteurs, que nous ne sommes pas des saints. Dieu qui nous appelle à la sainteté, sait que nous en sommes capables, sa grâce est là pour nous y aider ainsi que la prière et le soutien de tous les saints, surtout les saints de nos familles. Il ne doute pas de nous, pourquoi doutons-nous de nous-mêmes ? Louons le Seigneur pour ce bonheur qu’il nous appelle à partager avec lui et ses saints.

On se demande souvent ce que sont la béatification et la canonisation et pourquoi l’Eglise instruit un « procès » pour reconnaître sainte une personne que la ferveur populaire vénère déjà. La popularité (le vedettariat) n’est pas un critère de sainteté. Pour prouver que cette popularité n’est pas de la simple sensiblerie, et surtout pour en reconnaître la spécificité chrétienne, l’Eglise a fixé des « conditions » pour reconnaître – officiellement – une personne comme sainte. Entre autres conditions, un miracle au moins, réalisé par l’intercession de la personne en question. Elle est d’abord reconnue comme « bienheureuse » (c’est la béatification), avant de rejoindre, si autre (s) miracle(s) il y a, le « canon » des saints (c’est la canonisation). Cette personne est reconnue sainte pour les vertus chrétiennes qu’elle a vécues et le rayonnement spirituel qu’elle a eu de son vivant et après sa mort. Est-ce qu’il faut une canonisation ? Qu’est-ce que ça ajoute ? C’est quand la canonisation paraît la moins nécessaire (parce que évidente) qu’elle est aussi la plus significative. Ce qui s’ajoute, c’est que celui qui est reconnu saint sera invoqué par l’Eglise universelle à une date précise (souvent la date de sa mort appelée sa « naissance au ciel »), puisqu’il sera sur le calendrier liturgique ; la reconnaissance du miracle – exigé en plus des vertus chrétiennes du saint – nous rassure que son intercession est efficace (le saint ne fait jamais de miracle, mais Dieu fait le miracle par l’intercession du saint).

La liturgie de la Toussaint nous fait lire les béatitudes. C’est pour que nous adhérions à cette « charte », pour y conformer nos vies sans réticence et sans hésitation. Nous engager, comme les saints, dans cette voie qui est sainteté parce qu’elle est humanité : il s’agit d’être humain en travaillant à faire advenir un monde heureux, un monde autre, un monde nouveau, de justice, de paix, de miséricorde, de pardon. Car être saint, ce n’est pas être parfait mais sans s’occuper des autres (« je n’ai qu’une âme à sauver »), c’est être humain en promouvant les valeurs de paix, de vérité, de justice, de fraternité, de solidarité, de respect des autres, de bonté, d’amour… dans le quotidien de la vie, à la maison comme au travail, dans la prière. Je vous proposerais de lire le texte des béatitudes en parallèle avec la prière de St François d’Assise, notre saint patron, qui a trouvé la joie à être instrument de la paix du Seigneur, à mettre l’amour là où il y a la haine, le pardon là où il y a l’offense, l’union là où il y a la discorde, la vérité là où il y a l’erreur, la foi là où il y a le doute, l’espérance là où il y a le désespoir, la lumière là où il y a les ténèbres, la joie là où il y a la tristesse. C’est comme le texte de Matthieu sur le jugement dernier : j’avais faim tu m’as nourri, j’étais malade tu m’as visité… C’est cela être humain, c’est cela être saint.

Chacun pourrait choisir une des béatitudes sur laquelle portera son effort (ascèse) : soit parce qu’elle lui est la plus significative, soit qu’elle lui est la plus facile, soit au contraire parce qu’elle lui est la plus difficile à vivre dans le quotidien (un défi). Non pour serrer les dents, mais pour rayonner la joie.

Commentaire de Père Jean.

 

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.

Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »  

Aujourd’hui nous fêtons la Toussaint. D’abord un mot de réflexion concernant la sainteté.

D’abord  l’étymologie du mot ‘saint’. Du latin ‘sanctus’,  lui-même venant du verbe ‘sancire’, en français sanctionner : Larousse  : ‘apporter une consécration officielle’, soit authentifier. Saint est celui qui authentifie sa propre identité. ‘Il est vraiment qui il est’.

Dieu est saint parce qu’il est parfaitement celui qu’il veut être : le Dieu de tout Amour. 1.L’amour dans sa relation trinitaire, parfait partage entre les trois personnes Père, Fils et Esprit, sans faille aucune.2. L’amour dans sa relation amoureuse avec sa création, tout particulièrement avec les hommes qu’il a créés pour être ‘image de lui-même’. 3.De plus ,  par-delà l’échec des hommes par le péché, il va accorder aux hommes le pardon grâce à l’incarnation du Fils fait homme, qui condamné à mort,  qui ressuscité sera source de notre salut, de notre résurrection . Voilà la réussite de Dieu. Il est saint

Nous sommes appelés à être saint : déjà par le fait que nous sommes créés pour être image de Dieu. De plus lors de notre baptême Dieu nous a dit : tu es mon fils, ma fille, (révélation de notre identité), en toi je me suis bien manifesté : notre mission est de manifester l’amour du Père.  C’est là la Consécration : nous sommes appelés à devenir des saints malgré nos échecs. ‘Ce que nous sommes, nous sommes appelés à le devenir, saint.

 Tous les hommes sont appelés à la sainteté ? Il y a les saints canonisés : Ils ont mené une vie exemplaire, héroïque hors du lot commun des hommes, suivant l’exemple de Jésus. L’Eglise nous les présente comme témoins. Il y a aussi les saints que tous nous sommes appelés à devenir, moi, vous, saint. Images de Dieu et enfants de Dieu, nous le sommes.Pour circonscrire cet appel, l’Eglise en ce jour de Toussaint (tous saints !)nous donne à écouter le récit des Béatitudes :c’est comme le prologue du premier discours de Jésus où il trace le profil du disciple dans son être et son agir.. Le contexte en est : Jésus gravit la montagne :  image biblique où il rencontre  Dieu son Père dans la  prière et donc échange avec lui. Le  Père lui redit son bonheur d’aimer de façon absolue, il est l’Amour, Ce bonheur, Jésus est appelé à le transmettre à la foule et aux disciples. Jésus s’assied donc pour enseigner aux siens le bonheur de Dieu d’aimer, bonheur qu’il veut partager avec les hommes. Il ouvre la bouche pour bien marquer qu’une parole importante sera dite, celle des béatitudes. Il y en a huit.  avec une extension à une neuvième qui explicite la huitième. La première :‘heureux les pauvre de cœur’ donne le ton à celles qui suivent. La première et la huitième se distinguent des 6 autres en ceci que le bonheur partagé est pour maintenant, au présent comme un présent : ’le royaume des cieux est à eux’ Que Dieu règne c’est pour le temps présent. Alors que les six autres se manifestent dans l’avenir, dans notre destinée : tous les verbes sont au futur : ce qui est esquissé maintenant sera magnifié à l’avenir.

**La première : Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Le bonheur se situe dans la pauvreté. Mais qu’est-ce la pauvreté ? Un pauvre est quelqu’un qui est en manque de la solidarité des autres pour vivre décemment. Pauvre de cœur : le cœur dans la bible n’est pas le lieu des sentiments, mais plutôt le lieu où toute sa personnalité avec son amour, intelligence, volonté, se retrouve.  Le pauvre de cœur est quelqu’un qui sait qu’il dépend de la présence des autres pour trouver son bonheur. Il est dépendant !.  Dieu est-il pauvre ? Comme il est amour, comme il a tout créé et sauvé par amour des hommes, comme il a un dessein pour l’avenir de l’humanité, prêt à tout lui donner, comme  il dépend donc des hommes pour l’accueil de cet amour : un don non accueilli n’est pas un don. Oui je crois que Dieu a voulu avoir besoin des hommes pour que nous collaborions à son ‘entreprise’. Le Père a confié à son Fils que son bonheur d’aimer a besoin de la réponse des hommes, à nous d’être les collaborateurs, les alliés de son ‘entreprise ‘ : sa réussite dépend de notre réussite, tout en sachant que son amour a une telle force qu’il réussira, la victoire étant assuré parce que son amour est victorieux. Ainsi le royaume des Cieux appartient à tous. Quand Dieu règne, il se met à notre service: c’est le secret de son amour pour nous.** De la deuxième à la septième béatitude nous retrouvons toutes les qualités de l’amour à faire nôtres, déjà résumées dans la première. A l’unisson avec Dieu, nous sommes invités à *pleurer pour consoler afin de témoigner de notre empathie, à être *doux comme Jésus a dit qu’il était doux et humble de cœur, à *avoir faim et soif de sa justice qui n’est pas celle des hommes qui condamnent, mais celle de Dieu qui veut que tous arrivent à partager le bonheur d’aimer, à *être miséricordieux en ayant à cœur de tirer nous tous de la misère, à avoir un *regard pur,  franc pour voir Dieu et épouser son limpide regard, à *être artisan de paix qui est la main tendue de Dieu que nous traduisons en notre maintenant. L’effet se retrouve dans tous les verbes au futur, ce à quoi nous devon tendre. *La huitième a trait à la persécution pour la justice, celle dont nous avons faim et soif, mais qui provoque l’irritation et la persécution du monde. Alors l’effet est immédiat : le royaume des Cieux est à eux : au présent, dès maintenant.

Matthieu 5, 1 – 12a

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