Au cœur de la fête de Noël, il y a Jésus, « le Dieu fait homme, le Dieu incarné ». Il y a l’homme concret reconnu et revalorisé. Mais ce Jésus de Noël n’est pas n’importe lequel. Ce n’est pas le Jésus de nos convenances, celui-là qui est capable de servir nos curiosités et de répondre à nos différents besoins. Au cœur de Noël, il n’y a pas encore le beau et doux Jésus de nos images et imaginations : celui qui a guéri, qui a nourri les foules, qui a fait des miracles et qui est ressuscité lui-même. Non ce n’est pas ce Jésus (re)construit après coup et en connaissance de cause.
Au cœur de Noël, il y a cet autre Jésus, le petit enfant né des gens simples que sont Marie et Joseph. Un Jésus nu, vrai et non titré. Un Jésus qui n’a rien pour attirer les regards, de qui on n’attend rien, celui qui est à l’étable, couché sur une mangeoire : sans intérêt. Celui-là dont « les gens bien » n’osent pas trop croiser le chemin et le regard par peur d’être confrontés à l’insupportable, peur aussi d’être tentés par le sentiment de compassion. Et ce Jésus « enfant pauvre », autant il a été l’oublié de la nuit de Bethléem, autant il l’est dans les nuits de nos actuelles festivités de Noël. En fait, hier comme aujourd’hui, à la suite de l’enfant Jésus, des milliers d’hommes de diverses conditions de vie continuent de demeurer « les oubliés » des grands lieux de fête, de solidarité, de parole, de consommation, de jouissance, de décision, de gouvernance… ils n’ont pas de profil ou ne remplissent pas les critères pour cela. Comme s’il fallait un profil et des critères pour avoir droit sous le soleil. A Noël, Dieu n’est pas devenu n’importe quel homme, mais l’homme différent, le plus petit, le délaissé, le faible, celui sur qui on n’a le moindre regard. Et cela pour le revaloriser et le promouvoir ; pour faire un, rassembler et solidariser. Comme pour nous rappeler que c’est vers ceux-là qu’il faut désormais réserver la primeur de nos énergies, de notre charité, de notre service, de nos projets. Le Pape François ne cesse de nous le rappeler. Noël c’est le moment de faire un lucide examen de notre conscience de chrétien : A quel type d’homme et de quelle condition de vie avons-nous d’égards ?

Sur quels critères nous basons-nous pour nous intéresser à une personne, pour accueillir, pour communier, pour inviter et intégrer à la fête, pour partager ? Pouvons-nous nommer courageusement les oubliés de nos différents lieux de vie ? Que faisons-nous des infortunés et blessés de notre histoire, de tous ceux qui jonchent les étables et les mangeoires des nuits glaciales de notre contemporanéité ?Voici la bonne nouvelle annoncée par l’ange la nuit de Noël aux bergers : « je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple » (Lc 2, 10) : « Dieu est avec nous » (Emmanuel), « Dieu est en train de nous sauver » (Jésus). Nous tous. Et si au-delà de nos traditions populaires de réjouissance et de consommation, ce Noël nous aidait à en retrouver le vrai sens, celui de la rencontre franche avec ceux qui sont différents, avec les laissés-pour comptes de l’histoire, et de leur repositionnement en tant que pierre angulaire de l’Église ? Il n’y a de Noël joyeux que si Jésus est reconnu et accueilli ; si les nombreux laissés pour compte et blessés de l’histoire, superbement oubliés retrouvent droit au chapitre de nos priorités. Joyeux Noël et Heureuse et sainte année 2023 à toutes et à tous.

Wilfried IPAKA KEBADIO

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